¤ L'interview ¤

Tryo Hymne à l'égalité


TRYO, une rencontre musicale, mais aussi une certaine recherche d'un style de vie qui tende à la SAGESSE. Les mousquetaires de la scène partent en croisade pour les causes les plus oubliées des médias. Leur engagement militant est le reflet d'une philosophie de vie qui est à l'origine de la naissance de ce groupe.


14H40 Conférence de presse avec le groupe, 10 minutes de retard, chanteurs et musiciens se lèvent, rythmes difficiles de la vie d'artistes. Apparemment, ils ont tous le réveil facile, sourires aux lèvres, blagues destinées aux journalistes. Personne ne se décidant, j'ouvre le feu :

« Vous faîtes facilement part de vos engagements auprès de la presse. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ? ».
Cette question brise le sourire du groupe. Ils m'expliqueront par la suite que s'ils s'expliquent facilement sur leurs engagements et attendent des gens de notre profession qu'ils s'intéressent davantage à des sujets aussi importants que celui du Tibet, la formulation de ma question les a surpris, voire choqués.
- Pour nous faire mousser, bien sûr ! me répond l'un d'eux.


Je souris. Sa colère est la meilleure preuve qu'ils ne se servent pas des causes qu'ils défendent pour augmenter leur audience, ma provocation a mis en évidence leur engagement profond.

- Nous nous servons de notre succès pour défendre les causes qui nous semblent justes parce que sinon qui le ferait ? Les médias ne s'intéressent pas au problème du Tibet, par exemple. Ce, malgré la présence et les actions menées en France par de nombreuses associations. Nous avons la chance de vous rencontrer souvent, vous médias et de toucher à chaque concert des milliers de jeunes. Il faut se servir de cet impact. Le système existe, indépendamment de notre volonté, il faut savoir l'utiliser. C'est un acte politique, dans la définition initiale de ce mot : « acte d'un citoyen dans sa cité ». Nous ne nous construisons pas une image, nous sommes fidèles à nos convictions.


Quelles sont les répercussions de vos actions ?

- 5000 signatures par exemple à la pétition contre la peine de mort ! L'espoir, en raison de notre notoriété, d'être entendu par le gouvernement et d'obtenir un appui. Notre vie publique nous permet d'interpeller les acteurs du pouvoir et de refuser qu'il se servent de notre image pour cautionner certaines de leur action. Nous avons refusé de poser sur une photo avec M. CHIRAC, lors d'une action contre la peine de mort, parce que nous ne cautionnons pas sa politique avec les Etats-Unis. Nous sommes heureux par contre que ce militantisme ne soit pas inutile, des informations comme celle par laquelle nous avons appris que l'ONU intervenait auprès de la Chine pour la reconnaissance du Tibet en tant que pays, nous conforte et nous pousse à soutenir l'action d'hommes tel le président de l'association "Action Tibet" .Nos concerts nous permettent également de dégager des fonds que nous pouvons investir dans des causes qui nous séduisent comme ces ateliers artistiques en faveur des enfants des rues au Brésil, ou les ateliers de fabrication de percussions en Afrique. Nous sommes tous issus au départ de mouvements associatifs et notre rencontre ne pouvait que renforcer notre militantisme et nos envies d'engagement. Le succès musical que nous rencontrons nous donne les moyens de faire partager nos convictions et notre liberté d'expression.


Le succès et l'argent poussent souvent les artistes à la vie facile et les coupent de la réalité et des conditions de vie difficile des autres milieux. En quoi êtes-vous différents ?

- Nous ne nions pas vivre différemment depuis notre célébrité, mais si nous avons des conditions matérielles plus faciles, elles n'ont en aucun cas changé notre philosophie de la vie. Nous nous considérons tous comme des CITOYENS DU MONDE et à ce titre nous nous devons de nous tenir informés de ce qui se passe dans le monde, mais pas seulement en tant que spectateurs passifs. S'il est utopique de penser pouvoir agir partout, nous devons nous engager sur des causes qui nous semblent justes. D'ailleurs nous n'informons la presse de nos actions que lorsque nous avons besoin d'aide, et que notre seule participation n'est pas efficace. Nous nous investissons à titre personnel dans bien des domaines et nous ne tenons pas à ce que cette participation soit connue.


Votre public est assez jeune, la médiatisation de vos actions, de votre pensée doit-elle servir d'exemple, de guide ?

- Surtout pas ! Nous avons en horreur ce mot de « guide » qui aliène la liberté individuelle. Nos chansons génèrent et véhiculent de l'amour. Nous prônons le refus de la violence et de la bêtise. Nous combattons l'ignorance, nous essayons d'ouvrir les gens sur un rapport différent à la matière, mais en aucun cas nous n'essayons de servir de maîtres à penser, ce qui serait également contre nos convictions. De plus si en écrivant nous ne n'exprimions plus notre pensée mais si nos paroles devaient être un discours didactique, nous serions totalement bloqués et ne pourrion plus créer.


- Notre philosophie essentielle réside dans la LIBERTE de chacun. Nous exprimons notre envie de tolérance et dénonçons la bêtise. Cependant chaque individu choisit sa façon de penser et d'agir. Lorsque nous avons dénoncé les taxes sur le tabac et le fait qu'elles puissent ensuite être utilisées pour l'armement,( comme nous pensons également que l'herbe est moins nocive à la santé), nous ne militions pas pour que tous les jeunes se droguent comme certains journalistes l'ont laissé penser. Nous exprimions notre opinion. Libre à chacun ensuite de fumer, de se préparer un cancer et de voir partir son argent en armes qui tueront d'autres personnes également.


Cette philosophie vous amène-t-elle à des choix différents dans l'organisation de votre carrière ?

- Tout à fait, pour créer l'artiste doit être libre. S'il doit lutter pour imposer ses choix à sa maison de disques, il ne peut construire son regard créatif.


Ainsi nous avons choisi de rester plus des artisans de la musique que des stars. Nous avons eu la chance de signer avec YELEN MUSIQUES. Cette société de production nous laisse notre liberté d'expression et soutient de plus nos actions, tant dans nos actions associatives et politiques que dans nos choix sur scène. Nous avons la possibilité de faire passer en première partie de nos concerts des groupes qui nous plaisent. C'est ainsi que LARUKETANOU qui nous accompagne ce soir à Lille, est l'un de nos coups de coeur ! Nous avons adoré leur style de musique et nous les avons aidé à auto-produire leur premier CD. En février prochain, YELEN le diffusera partout . Travailler avec d'autres groupes, faire d'autres rencontres musicales est très important pour nous, le métissage culturel est riche de créations. Quand des musiciens se retrouvent, se crée un métissage parce que les différences culturelles s'estompent. Il s'agit de rencontres, d'échanges, d'enrichissements réciproques, la notion de différence disparaît. C'est cette richesse que nous souhaitons apporter au public. Aider d'autres groupes c'est œuvrer à la culture musicale.


Pensez-vous qu'Internet mette danger le commerce des disques ?

- Nous faisons confiance au public, et nous acceptons d'être pillés. Sauf s'il s'agit de piratage à des fins commerciales, nous sommes convaincus que nos fans continueront à acheter nos CD pour les titres et pour la qualité qu'ils ne trouveront pas sur le NET. C'est un autre moyen de faire connaissance avec les musiciens, d'échanger des idées, et ensuite ils viendront aux concerts !


Qu'attendez-vous de votre passage à Lille ?

- Nous sommes convaincus de retrouver ce soir l'ambiance que nous avons connue lors de notre précédent passage.
Le public lillois est aussi chaleureux que celui du Sud, aussi réceptif à la musique. Ils vont également découvrir la qualité du groupe La Rukétanou.
Comme à l'entrée de la salle se trouvent différents stands associatifs, nous espérons qu'ils se montreront sensibles et signeront les pétitions après avoir lu les documents à leur disposition.


Je ne vous narrerai pas tous les propos échangés, ni les blagues, il faut bien garder le privilège de notre fonction. Cependant c'est un moment d'exception que nous avons vécu avec ce groupe. Si cette interview, débutée par des propos reçus comme une provocation, avait commencé sur un ton quelque peu tranchant, c'est en toute camaraderie qu 'elle se terminait. Nous 'serions certainement restés plus longtemps à discuter, mais les techniciens réclamaient les artistes pour la mise au point des réglages. Promesse fut faite de rester en contact sur l'avancement des revendications en faveur du TIBET. Propos recueillis par ANN.N.


Tryo, le groupe


Tryo est né par hasard à la MJC de FRESNES (Val de Marne). Manu et Guizmo, amis de longue date, rencontrent Mali qui monte des projets théâtraux dans cette MJC. Ils créent ensemble une comédie musicale. Le groupe MOROKON les fait jouer en première partie de leur spectacle sous le nom de TRIO. Au cours de premières tournées, souvent improvisées, pour des associations, ils rencontrent Boubou qui devient le sonorisateur, le chauffeur, le conseiller, la nounou du groupe. Il est l'initiateur de la première cassette.
Mais le Dartagnan du groupe, celui qui devient le quatrième sur scène des mousquetaires c'est Daniel. Percussionniste temporaire pendant certaines représentations, son énergie et son feeling deviennent un élément enrichissant à la musique acoustique de TRYO. Souvent assimilé à la musique Reggae, le groupe revendique essentiellement la diversité des musiques écoutées individuellement comme source de la richesse de leur création. Leur style de vie, leur philosophie de refus de l'agressivité se ressent également dans leurs productions. De même les textes reflètent des engagements de leurs auteurs :

- Faut qu'ils s'activent

- Combien d'êtres humains ne sont pas des moutons... Recueillis par ANN. N.